[Portrait] Serge Nadreau, président du groupe robotique

A la suite de sa réélection le 28 janvier 2021, Serge Nadreau entame son 4e mandat de Président du groupe ROBOTIQUE du Symop. Il revient sur son parcours, les évolutions constatées dans le secteur et son engagement en tant que Président.

En quelques mots, rappelez-nous d’où vous venez.

[SN] : J’ai étudié la mécanique à L’ENSAM, l’École Nationale Supérieure des Arts et Métiers et j’étais particulièrement intéressé par la biomécanique. Je voulais créer des prothèses animées pour les handicapés. Mais après un stage à l’hôpital de Garches je me suis vite rendu compte que le milieu médical n’était pas fait pour moi. Je suis donc passé à une autre forme de robotique plus industrielle, en rejoignant Renault Automation qui produisait les outillages et automatismes pour le groupe automobile. J’ai commencé par le développement de logiciels, avant de concevoir et de vendre des robots, des solutions robotisées et des systèmes complets.

Je suis tombé tout petit dans les robots.

Renault Automation a été démantelé progressivement au cours des années 1990 et l’activité robotique reprise par ABB, un des leaders mondiaux de l’automatisme et de l’électricité, en 1994. Cela a permis au groupe Helvético-Suédois, déjà implanté en France, d’augmenter ses parts de marché dans le secteur automobile tout en intégrant le savoir faire de Renault Automation en matière de soudure et de constructions de lignes complètes. ABB, a alors trouvé un intérêt dans ce que je savais faire pour élargir leur gamme de robots avec des spécificités françaises. Je suis devenu Responsable de l’activité robotique pour ABB France, en 2013. Une activité qui emploie environ 180 personnes aujourd’hui.

ABB est actif dans 4 Business Area : 1. Les process continu, 2. Les moteurs & drive (convoyage et système divers d’entrainement), 3. La basse tension (dans le bâtiment, de l’éclairage…  jusqu’au bornes électriques pour les véhicules), 4. La robotique et les automatismes.

Quelles évolutions du secteur robotique avez-vous constatées ?

[SN] : J’ai vu la robotique se développer pour suivre la demande croissante de ses marchés historiques et, en parallèle, une évolution progressive du produit robot devenant plus simple, plus facile qui ont amenés d’autres marchés à utiliser de la robotique.

Jusqu’aux années 2000 la robotique était plutôt utilisée dans l’industrie lourde : l’automobile et tous ses sous-traitants en particulier. On a commencé par peindre et fabriquer des voitures, puis on a rendu le robot plus intelligent en augmentant ses sens comme la vision et le toucher.

Ces innovations ont permis au robot d’intégrer un nouveau segment : l’agroalimentaire, dans les années 2000/2010. Grâce à de nouvelles cinématiques, le robot était alors capable de prendre des chocolats sur un tapis roulant, de les mettre dans une boite, de mettre la boite dans un carton, et de mettre le carton sur une palette, c’est ce qu’on appelle le picking/packing/palletizing. Alors que le temps de cycle classique du robot dans l’automobile était d’une minute (une voiture produite toutes les minutes), il est passé à 120 coups/minute dans l’agro-alimentaire.

Après la crise de 2010, qui n’a pas épargné le secteur robotique, c’est l’avènement des petits produits électroniques. Le segment des 3C (computer, communication and consumer electronics) ouvre de nouvelles perspectives au marché de la robotique mais oblige également les fabricants à repenser leurs produits (plus précis, plus rapides), et à adapter leur modèle de commercialisation (disponibilité, réactivité). Lors de la construction d’une nouvelle usine, Un constructeur européen commande 318 robots avec des process biens définis, à livrer sous 6 mois, pour fabriquer 300 000 R5 par an. Les grands noms de la télécommunication, quant à eux, vont exiger 3 000 robots programmables à façon, à livrer dans les 2 mois, qu’ils installeront en fonction de la réponse du marché à la présentation de leur produit phare du moment. Cela fragilise les prévisions de ventes avec des volumes très importants mais également une grande variabilité.

Et puis la technologie continue d’évoluer, notamment avec l’arrivée des solutions collaboratives, au contact des opérateurs et programmables rapidement, ce qui amène d’autres natures d’applications et ouvrent de nouveaux segments.

En tant que Président du groupe Robotique, comment concevez-vous le rôle de l’organisation ?

[SN] : J’ai été élu président du groupe Robotique pour la première fois en 2014 mais mon entreprise, ABB et Renault Automation avant elle, était déjà membre du Symap puis du Symop.

Le groupe a la chance de rassembler tous les acteurs majeurs de la robotique ce qui nous permet d’être véritablement représentatif du secteur. Par ailleurs, nous avons élargi le groupe aux intégrateurs de robots, aux fournisseurs d’équipements de péri robotique, aux clusters, aux centres techniques et de formation… qui gravitent autour des roboticiens. Cet écosystème complet nous aide à « évangéliser » notre territoire, notre industrie pour réussir le déploiement de la robotique.

C’est notre rôle, de promouvoir la robotique, de la dédiaboliser, et cela a commencé à l’époque d’Arnaud Montebourg alors ministre du redressement productif. A la sortie de la crise des années 2010, alors que l’industrie française avait été en partie délocalisée, installer des robots pouvait être perçu comme une nouvelle lame sociale. Le contrepied de cela a été de se dire qu’il valait mieux robotiser que de délocaliser, car l’automatisation apporte un développement bénéfique à l’industrie. Par effet de bord, elle amène les industries à devenir plus compétentes, plus performantes et même à recruter. Par ailleurs, le prix du robot est le même partout dans le monde, il n’est donc pas plus cher d’avoir une usine automatisée en France qu’en Chine.

On a porté ces messages avec des campagnes comme Robotcaliser en 2005 ou Productivez en 2012. Ensuite le Symop a été porteur d’initiatives assez sympa à mettre en œuvre telles que « ROBOT Start PME » ou le suramortissement. 

J’ai bien aimé ce rôle d’ambassadeur. Il a fallu défendre nos convictions vis-à-vis de campagnes de presse traitant des problèmes d’emplois liés à la robotique ou de la personnalité juridique du robot. On a aussi mené des débats plus techniques et des actions auprès de la DGT pour faire en sorte que la France ne soit pas une exception culturelle à la robotique collaborative en démontrant qu’elle avait sa place dans l’industrie et auprès des opérateurs.

Toutes ces actions avaient pour but de promouvoir notre profession auprès de la presse, ou des pouvoirs publics. Et c’est ce que j’ai aimé, parce que ce ne sont pas des actions d’une marque par rapport à son marché, mais la force de toute une profession dans la défense d’un intérêt commun qui a permis de décomplexer les investisseurs pour qu’ils s’ouvrent à la robotique.

Quelle est votre vision pour le groupe ? Quels objectifs souhaitez-vous atteindre ?

[SN] : Il y a un sujet sur lequel nous travaillons encore, c’est celui de la formation. Ce n’est sans doute pas le rôle du Symop de structurer les formations, mais tout de même, en tant que référent de la profession robotique, il est de notre devoir d’aider à leur référencement afin que les jeunes puissent découvrir nos métiers et s’orienter dans la bonne profession. Nous n’avons pas besoin d’ingénieurs à tous les étages pour faire de la robotique, nous avons aussi besoin de gens déterminés, notamment pour faire des installations en chantier chez nos clients. Ce n’est pas toujours facile de donner envie à des jeunes mais c’est un secteur de l’industrie qui est porteur.

Nous avons aussi un rôle à jouer dans l’accompagnement des évolutions technologiques. Aujourd’hui la robotique est plutôt utilisée dans les secteurs industriels mais la technologie nous permettra d’intégrer d’autres filière comme la logistique, les hôpitaux, la restauration rapide, … sans parler de la robotique de service à la personne car je pense que c’est encore un autre domaine dans lequel les robots seront capables de réaliser de nombreuses tâches. Ce sont des secteurs qu’il faut défricher et un sujet d’attention particulier pour le Symop. Est-ce que le « personnal shopper » de demain ne sera pas un robot ?